À bout de souffle

17 juillet 2013

Arsenal players

Après une longue et morose saison, voici venue l’heure des bilans. La saison 2012-2013 d’Arsenal a montré les limites du savoir-faire de Wenger en même temps que les prouesses de l’Alsacien.

Limites, car la seule ambition de la quatrième place ne peut mobiliser des supporters pas plus que des joueurs. Continuer à se fixer cet objectif revient donc à laisser partir ses meilleurs joueurs. Non remplacés par des joueurs de qualité égale, le club s’est dangereusement éloigné du sommet ces deux dernières années, au risque de perdre sa place parmi les clubs de l’élite européenne.

Prouesses du manager, car finir dans le carré de tête avec un tel effectif frise l’exploit : la plus mauvaise équipe de l’ère Wenger a ainsi fini à deux points du Chelsea de Mata, Hazard et Oscar. On ne peut s’en satisfaire tant le malaise devant un jeu de plus en plus stérile grandit. Après l’absence de trophées, la fin du beau jeu et le manque d’espoir pourraient signifier un désamour profond entre le club et ses supporters.

Un départ digéré ?

Le départ de Robin Van Persie à Manchester United contre un chèque de 24 millions de livres avait sonné comme un coup de tonnerre, tétanisant de nombreux supporters d’Arsenal. Au-delà de l’aspect purement sportif, l’événement trahissait les réelles motivations du club, faisant passer l’aspect financier au premier plan, quitte à renforcer un adversaire direct. Ni Henry ni Vieira en leur temps n’auraient pu être vendus ainsi. Malgré le discours de Wenger sur des “raisons footballistiques” qui auraient guidé la vente de Van Persie, tout laisser penser le contraire.

Le début de saison, même avec les arrivées de Podolski, Cazorla et Giroud, se faisait dans un climat de défiance identique à celui de la saison d’avant, qui avait vu les départs de Nasri et Fabregas. Tout au long du championnat, les remises en cause de l’actionnaire principal, Kroenke, du Board et de Wenger lui-même ont marqué les relations entre le club et son public. Un échec à se qualifier pour le tour préliminaire de la Ligue des champions aurait probablement conduit à une crise. Le succès final dans cette entreprise n’empêche pas de porter un regard sévère sur le bilan de l’équipe d’Arsenal pour cette saison.

Une attaque laborieuse

Dans le championnat, le départ de Van Persie, si l’on s’en tient aux seuls chiffres, n’a pas été aussi visible qu’attendu. Emmenée par le Néerlandais, l’attaque d’Arsenal avait totalisé 74 buts l’an dernier, alors que cette saison les Gunners ont inscrit 72 buts. Inversement, si Manchester United a remporté le championnat avec l’aide de l’ancien avant-centre d’Arsenal, c’est avec un nombre de points identique à celui de l’an dernier (89 points) et une attaque légèrement moins efficace (86 buts, contre 89 la saison dernière). Privés des 30 buts (41,6 %) et des 9 passes décisives (12,5 %) de Van Persie ainsi que du but et des 11 passes décisives (15 %) d’Alexandre Song (vendu à Barcelone), les Gunners avaient pourtant fort à faire.

Les arrivées de Giroud (11 buts, 3 passes décisives) et de Podolski (11 buts, 9 passes décisives) n’ont pas eu l’effet escompté : les deux gauchers, sans avoir démérité pour une première saison, n’ont pas fait oublier le Néerlandais. Le salut est venu de Theo Walcott (14 buts, 10 passes décisives) et de Santi Cazorla (12 buts, 11 passes décisives). Influents sur le jeu, l’Anglais et l’Espagnol ont entretenu l’espoir en première partie de saison.

La charge qui reposait essentiellement sur Van Persie au cours de la saison précédente, a cette année été partagée entre les joueurs offensifs de l’effectif. Arsenal est ainsi un des rares clubs européens à posséder quatre joueurs ayant marqué plus de dix buts en championnat avec les susnommés.

Une défense solidifiée

La défense d’Arsenal est la grande satisfaction de la saison écoulée. Non seulement, elle a fait mieux que la saison précédente, mais elle a également été la seconde meilleure défense du championnat cette saison, quelques unités derrière Manchester City en encaissant 37 buts, soit 12 de moins que la saison dernière. L’“effet Bould” dont la presse a un peu trop vite parlé en début de saison s’est ensuite révélé un trompe-l’œil. Les performances du duo Mertesacker-Vermaelen n’ont jamais réussi à stabiliser une défense qualifiée de fébrile. Pourtant, le retour de l’excellent Koscielny en défense centrale, associé à Mertesacker a été le choix courageux de Wenger, plaçant son capitaine sur le banc. L’autre décision judicieuse prise après la défaite face aux Spurs a été de mettre un Szczesny bien trop fébrile sur le banc et de donner une nouvelle chance à son compatriote Fabianski. Plus en confiance, ce dernier a aidé le jeune Szczesny à revenir les pieds sur terre et à terminer la saison plus concentré sur son sujet.

Un milieu qui se cherche

Au milieu de terrain, le départ de Song, vécu comme une éviction par l’intéressé, a conduit Wenger à replacer Arteta en position de milieu “défensif”, poste dont il n’a pourtant pas les caractéristiques requises : ni la puissance, nécessaire dans les tacles et le travail de récupération du ballon, ni la maîtrise du domaine aérien. La qualité d’Arteta fut d’être le métronome de l’équipe en faisant les passes simples pour repartir de l’arrière, et être celui qui restait en retrait quand Ramsey montait avec les latéraux, exposant la défense centrale aux dangers d’un contre.

Avec 2 517 passes réussies, l’Espagnol est le joueur le plus prolifique du championnat en la matière, devant Carrick (2 443) et Yaya Touré (2 246), et devant son compatriote et coéquipier Santi Cazorla (2 145). L’ancien joueur de Malaga a été la grande satisfaction de la saison. Les 15 millions payés par les Gunners ont été bien investis. Le concurrent de Fabregas en équipe d’Espagne aura rappelé son coéquipier de sélection par son dynamisme et son activité sans relâche au poste de créateur au milieu ou excentré à gauche. Défendant bien plus que ne le faisait Cesc, Cazorla a contribué au bon bilan défensif. Rosicky, malgré l’âge, a montré toute son utilité pour proposer des solutions offensives plus tranchantes. Si on peut se réjouir des progrès de Ramsey, preuve que la confiance de Wenger n’était pas vaine, on s’interroge sur Diaby, encore blessé une large partie de la saison, qui ne semble plus entrer dans les plans d’une équipe qui se voudrait ambitieuse. Souhaitons que Wilshere n’emprunte pas le même chemin et suive l’exemple de son homologue gallois.

Un bel avenir ?

Le bilan sportif est donc mitigé, la performance défensive devra être identique la saison prochaine, de même que l’état d’esprit montré après la défaite contre les Spurs. Les 26 points sur 30 pris en championnat et la victoire à l’extérieur sur le Bayern Munich augurent une belle saison, s’ils sont confirmés. L’année 2014, depuis longtemps annoncée comme charnière sur le plan financier, pourra on l’espère faire oublier cette saison au plus vite.

Les clubs en déclin, pour masquer la réalité, parlent souvent “d’année de transition”. Pour Arsenal, l’expression semble être proche de la réalité : les diverses annonces et l’ambition affichée sur le marché des transferts laissent enfin penser que, après avoir touché le fond, le club ne devrait plus tomber plus bas et enfin montrer le visage ambitieux attendu par tous les supporters.

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